Thèse Consolation et Cancer Déconstruire la Métaphore de la Maladie H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Aix Marseille Université École doctorale : Ecole Doctorale Langues, Lettres et Arts Laboratoire de recherche : LERMA - Laboratoire d'Etude et de Recherche du Monde Anglophone Direction de la thèse : Nicolas BOILEAU Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-09-15T23:59:59 À l'Institut Paoli-Calmettes (IPC), un centre de lutte contre le cancer (CLCC) implanté à Marseille, une oeuvre d'art de Pistoletto a récemment fait l'objet d'un intérêt renouvelé à la fois d'un point de vue scientifique et d'un point de vue pratique, notamment dans le cadre d'un projet plus global de rénovation du site (Maraninchi & Vey 2025). Cette réflexion s'est développée plus généralement pour prendre en compte l'imbrication des arts et de la médecine afin de permettre aux patients et aux personnels de trouver un certain réconfort, qui pourrait reconfigurer les pratiques du soin. Le projet ici présenté cherche à prolonger cette réflexion par l'analyse de la manière dont patients et personnels racontent l'expérience de cette maladie à travers l'étude d'oeuvres littéraires et des productions créées au sein même de l'hôpital, grâce à une méthode qui trouve son inspiration dans une compréhension large de la médecine narrative (Charon). Le cancer, comme de nombreuses pathologies de nos jours, est devenue une maladie souvent chronique, et les patients reviennent régulièrement à l'hôpital pour des séjours plus ou moins longs. Il est donc important de réfléchir à cette maladie moins en termes de crise, même si la douleur continue de frapper ceux et celles qui en souffre ainsi que leurs proches, mais plutôt en termes d'une condition de la vie moderne, située là où un récit au long court est nécessaire pour donner du sens. La consolation, quant à elle, est souvent perçue comme un phénomène qui correspond au temps du diagnostic de rémission, ou dans le réconfort temporaire que procurent une oeuvre d'art, des liens familiaux et amicaux, ou des projets futurs. Cependant, la consolation est un phénomène inscrit dans un temps qui n'a que rarement une trajectoire linéaire et l'extrême codification du récit consolatoire n'en révèle que mieux sa nature accidentée . Dans un travail récent, David James a démontré qu'il s'agissait en fait d'un acte sans cesse différé et nécessitant des réordonnancements, appelant à une approche des récits de patients et de proches où ce qui importe n'est pas tant la fonction simple de témoignage mais plutôt la signification d'un agencement de fragments jamais achevés. Ce qui était autrefois perçu comme venant « avec le temps » a été déconstruit par les spécialistes de la santé mentale, qui ont démontré que le temps n'était pas une donnée objective et physique, mais plutôt un phénomène psychique et logique, défini par sa singularité.Ce projet doctoral cherchera à travailler entre les approches théoriques de la narration (fondée sur la lecture fine du corpus littéraire) et les pratiques du récit dans l'hôpital (par la mise en oeuvre d'ateliers d'écriture créative, de lecture et de séminaires) afin de contribuer à la stratégie de rénovation de l'IPC qui doit mener vers des pratiques du soin multi-modales et pluridisciplinaires où le lieu lui-même est producteur de soin. La dimension pratique du projet sera développée en étroite coordination avec les chercheurs et personnels de l'IPC, de façon à connecter la recherche littéraire à des lieux situés de pratique du soin. Le projet examinera les conditions de production des récits, fragmentaires, indirects, et les professionnels du soin pour produire du sens, de la consolation à l'hôpital, permettant une analyse qualitative de ce qui ne se transmet pas totalement, ce qui demeure opaque, permettant l'engagement éthique de chaque acteur dans l'attention à l'autre. Le projet sera réalisé en collaboration avec l'unité de phase précoce (CLIP2-IPC-Provence), une unité de soin dédiée à l'évaluation des thérapies innovantes en cancérologie dans le cadre d'essais cliniques de phase précoce, co-dirigée par Dr Sylvain Garciaz (MCU-PH, hématologue) et Dr Cécile Vicier (oncologue médical). Les méthodes d'analyse précises dépendront de la formation du candidat. a. Faire émerger un récit singulierLe travail de terrain pourrait ainsi inclure des entretiens permettant à ce récit d'émerger. L'environnement de l'institution pourrait être l'objet d'un travail : un lieu de transit, de contemplation, d'attente et la manière dont les oeuvres d'art, l'arrangement de design constituent des moyens de déclencher cette expression. b. Former patients et soignants à l'attention par le travail des oeuvres et récitsUne autre option pourrait être de faciliter la lecture, le début et l'écriture créative dans des ateliers ouverts aux patients et soignants. Ces ateliers permettraient l'étude de textes littéraires pour produire des courts textes, fragments et travaux collaboratifs. Le but n'est pas thérapeutique dans le sens que peut promouvoir l'art thérapie, mais exploratoire : voir comment les processus de narration ouvrent à des lieux de réflexion de déplacement, de construction d'une expérience qui a du sens. Ce matériau sera ensuite utilisé pour l'analyse des oeuvres littéraires et ouvrir un débat pratique et théorique. Ce projet de doctorat invite des candidatures ayant une connaissance fine de la littérature de langue anglaise, de la philosophie du soin et des connaissances en sciences humaines, afin de travailler pendant trois ans sur la question de la consolation dans l'expérience du cancer à la fois au LERMA (Laboratoire d'études et de recherche sur le monde anglophone) et à l'IPC de Marseille. Sous la supervision du professeur Nicolas Boileau, le ou la candidat·e examinera un corpus d'oeuvres qui pourraient comprendre Barnes, McGregor, Philip Roth, John McGahern ou John Banville, et cherchera à questionner cette notion de consolation dans l'expérience de la maladie à travers des modes d'élaboration indirecte et la déconstruction des métaphores comme émancipation pour mieux saisir ce qu'il en est de la singularité de l'expérience. Certaines oeuvres sont des romans, d'autres des mémoires, mais toutes démontrent que la maladie ne se traite dans le récit que de manière indirecte, et la lutte que représente la déconstruction de la métaphore du cancer, une maladie qui autrefois été perçue comme insidieuse, voire déclenchée par le sujet lui-même, liée au refoulement ou à une épreuve de nature spirituelle sur le chemin du sujet. Dans des ateliers de lecture et d'écriture critique, co-organisé par Nicolas Boileau, le ou la candidat·e sera à même de travailler à la mise en place d'ateliers pour les patients, proches-aidants et équipes de soin à l'IPC en lien direct avec la médecine narrative. Le projet se situe à l'interface entre un travail théorique complétant les questions d'écriture (auto)pathographique et la pratique innovante de récits indirects pour produire des récits cohérents qui permettent de construire des communautés, qui renforcent l'analyse qualitative du projet actuel d'amélioration du soin conduite à l'IPC.
Le profil recherché
Master en littérature et / ou humanités médicales / sociologie / éthique
Compétences requises
- Anglais